La Convergence autonome et solidaire pour le salariat étudiant (CASSE) est un collectif autonome qui lutte pour la reconnaissance et la salarisation du travail étudiant.

Dans les derniers mois, la question de l’austérité a pris de plus en plus de place dans le  mouvement étudiant et syndical. Si à la CASSE nous militons pour le salaire étudiant, il  nous apparaît pertinent, mais surtout fécond d’entamer une réflexion critique sur ce champ  de bataille. Quels gains, vraiment, pourrions-nous tirer de ce terrain de lutte ? Est-ce  vraiment possible d’échapper à l’austérité dans une société capitaliste-néolibérale ? N’y  aurait-il pas des terres plus fertiles à défricher pour le mouvement étudiant ? Soyons  clair·es, nous souhaitons ici proposer une réflexion constructive sur les lacunes théoriques  et stratégiques que comporte la lutte contre l’austérité. Nous ne nous opposons évidemment  point à l’idée de défendre les intérêts des populations étudiantes précarisées qui sont la  proie de ces mesures austéritaires. Une telle lutte, malgré les critiques que nous pouvons  lui adresser, constitue un levier opportun d’où imposer un rapport de force contre le capital  et tenter d’arracher de ses mains la richesse qui nous revient en tant qu’exploité·es. La  CASSE pense néanmoins qu’il faille réfléchir par-delà ces constats superficiels et opposer  un horizon de dépassement du capitalisme au discours étatiste qui, d’hier à aujourd’hui,  domine les mouvements anti-austéritaires. En espérant que vous embarquerez dans le  navire de l’autocritique avec nous camarades ! 

Passons d’abord en revue la place que l’appel à combattre l’austérité occupe dans les  mouvements populaires et étudiants au Québec. Parce que l’histoire du mouvement  étudiant, sans tomber dans l’historicisme, peut nous servir de guide pour éviter les erreurs  et les angles morts des luttes passées ! L’idée d’une lutte contre l’austérité, on ne vous  apprendra rien, n’est pas nouvelle. 

Nous assistons présentement à une recrudescence des mots d’ordre contre l’austérité dans  le mouvement étudiant et syndical au Québec. En faveur d’une semaine de grève et d’action  contre les mesures austéritaires du gouvernement Legault, la récente campagne de la  Coalition de résistance pour l’unité étudiante syndicale (CRUES) nous pousse, en tant que  personnes militantes du mouvement étudiant, à analyser la pertinence de ce type de  revendication. Les mots d’ordre anti-austéritaires ne sont pas à leurs premières apparitions 

dans les campagnes que porte la gauche étudiante québécoise. Historiquement, celle-ci a  lutté, sur ce terrain symbolique, contre les mesures néolibérales imposées par plusieurs gouvernements successifs. Or, malgré une lutte contre l’austérité marquée de plusieurs  séquences de mobilisation importantes et combatives, il semble que les gains obtenus par  les générations précédentes sont constamment partie remise pour les suivantes. 

Dès 1996, le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard menace les étudiant·es de dégeler  les frais de scolarité, ce qui représente une augmentation de 30 % sur les prix jusqu’alors  en vigueur. Les arguments invoqués afin de justifier cette hausse ont trait à la nécessité  d’éliminer le déficit public et s’inscrivent plus spécifiquement dans la rhétorique néolibérale du « déficit zéro ». En réponse à ces menaces survenues dans un contexte  d’austérité généralisé, un total de 165 000 étudiant·es font grève et obtiennent le maintien  du gel des frais. 

En 2005, rebelote ! Le gouvernement libéral de Jean Charest, sous couvert d’un discours  visant une « réingénierie de l’État », tente d’imposer à la population étudiante des coupures  d’une hauteur de 103 millions par l’entremise d’une réforme de l’aide financière aux études  (AFE). Cette réforme visait à transformer en prêts, i.e. en dettes, les bourses allouées par  l’AFE. Ces événements donnèrent lieu à un large mouvement étudiant qui rassembla  plusieurs milliers de manifestant·es dans les rues et plus de 180 000 débrayeur·euses. Ces  mobilisations prirent fin lorsqu’une entente de principe fut conclue par la majorité des  associations étudiantes regroupées au sein des fédérations étudiantes et le gouvernement. 

Quelques années plus tard, en 2012, le Québec est témoin de la plus grande grève étudiante  de son histoire, et ce, autant sur le plan de sa durée que celui du nombre d’étudiant·es y  prenant part. La hausse des frais de scolarité de 1625 $, que le gouvernement libéral de  Charest promet alors de faire adopter, se déploie dans un contexte austéritaire mondial  déclenché par la crise financière de 2008. Suivant la campagne de mobilisation menée par  les fédérations étudiantes et l’ASSÉ, on voit, à l’apogée du mouvement, près de  310 000 étudiant·es en grève. Le printemps 2012 fut un moment important pour la gauche  québécoise, participant à la politisation d’une frange importante de la jeunesse qui connut  ses mobilisations. Cependant, malgré des revendications plus diffuses et plus radicales que  celles des mouvements précédents, le Parti Québécois parvint à instrumentaliser la mobilisation étudiante à son profit lors des élections déclenchées par Charest en réponse à  la colère populaire. En effet, à l’élection de Pauline Marois, la hausse des frais est indexée  au coût de la vie, les mobilisations cessent et l’espoir du mouvement étudiant d’obtenir des  gains substantiels s’évanouit. 

La grève étudiante de 2015, l’une des plus importantes au Québec en matière de lutte contre  l’austérité, est aussi celle dont les revendications s’inscrivent le plus explicitement dans ce  registre. En effet, cette grève rejoint en de nombreux points le discours que porte  actuellement la CRUES. Bien que les personnes étudiantes n’étaient point les principales  concernées par ces coupes, comme ce fut le cas en 2012, elles n’en étaient pas moins des  victimes collatérales de premier plan.  

Effectivement, les mesures austéritaires du gouvernement libéral de Philippe Couillard s’en  prenaient sévèrement aux services publics. Le mouvement étudiant s’allie alors avec les  syndicats du secteur public et appelle d’un même mot d’ordre à la fin des mesures  austéritaires. Plus de 100 000 étudiant·es sont en grève ; manifestations et actions  combatives éclatent à travers la province. La répression de l’État envers le mouvement fut  importante et violente, plusieurs personnes militantes sont arrêtées et expulsées de leurs  établissements d’enseignement. Cependant, bien que certain·es travailleur·euses  syndiqué·es aient fait preuve de solidarité, la grève sociale visée par le mouvement ne  parvient point à se concrétiser. La grève s’essouffle à la fin du printemps 2015. En  définitive, ce bref détour historique révèle une dynamique cyclique à l’œuvre au sein du  mouvement étudiant québécois. De cette dernière, nous retenons que les revendications  ayant trait à l’austérité aboutissent systématiquement à des gains mineurs. Si gains il y a,  ces derniers tendent inévitablement à faire l’objet d’autres offensives étatiques qui  engendreront de nouvelles luttes. 

Qu’est-ce que l’austérité ? 

Comme en témoigne ce bref exposé historique, le concept d’austérité semble au cœur du  discours contestataire émanant des mobilisations populaires des dernières décennies.  Néanmoins, nous constatons que la signification du concept en question revêt encore trop  souvent dans nos discussions un certain caractère flottant. Ainsi, avant même de se lancer  dans une analyse des causes structurelles à l’origine de l’apparition cyclique des luttes contre l’austérité toutes les trois ou quatre années, tâchons dans un premier temps de  clarifier les contours de ce concept. Notons tout d’abord que le concept d’austérité peut être appréhendé sous deux principaux  angles : un premier phénoménologique, renvoyant donc à la manière dont l’austérité  s’exprime en tant que phénomène sociopolitique, et un second infrastructurel ayant trait  plus généralement à sa fonction dans la reproduction de l’appareil économique capitaliste.  C’est d’ailleurs cette dernière dimension infrastructurelle de l’austérité qui, trop souvent  négligée des mouvements sociaux, selon nous, permet de mettre en lumière son caractère  indépassable dans les paramètres prescrits par le mode de production capitaliste. L’austérité  nous apparaît, à ce titre, incapable, en tant qu’objet de contestation, à impulser un  mouvement de destitution de l’ordre économique actuel. Nous y reviendrons plus en détail  dans la portion subséquente. 

En tant que phénomène politique, l’austérité correspond à un mouvement généralisé  d’allègement des dépenses publiques de l’État. Pour être plus exacte, l’austérité désigne le  processus par lequel une chose est faite « austère », c’est-à-dire réduite à sa plus simple  essence, débarrassée de toute composante qui ne préside pas directement aux fonctions  assurant sa stricte existence. En ce qui concerne la forme « État », il s’agit donc d’une  réallocation des ressources et du financement national qui atrophie les appareils étatiques  ne relevant pas des fonctions régaliennes. Le corollaire nécessaire d’une politique  austéritaire n’est donc nul autre que l’élagage des secteurs de l’État dont la mission excède  les considérations sécuritaires, à savoir l’essentiel des services publics et des programmes  sociaux. En fonction de la conjoncture politique et de l’humeur des politiciens, l’austérité peut se  manifester en de diverses lois ayant cependant toutes en commun de sabrer dans les  dépenses publiques de l’État. Cela va de soi que, lorsqu’il est question de rationaliser les  dépenses étatiques, nos dirigeants se mettent à rivaliser d’ingéniosité pour épargner les  grandes fortunes d’un côté et préserver leur cote de popularité de l’autre. Plusieurs stratagèmes peuvent être mis en œuvre par un gouvernement dans le cadre d’un virage  austéritaire. L’élimination de certains programmes sociaux, la diminution du montant des  allocations d’aide sociale ou le resserrement des critères devant être remplis pour en  bénéficier, la réduction des subventions et du financement du secteur public et  l’assouplissement des droits syndicaux figurent parmi les moyens les plus communs. Les  mouvements sociaux se sont historiquement opposés à ces politiques non pas par pur  attachement aux institutions de l’État, mais parce qu’en transférant les prérogatives en  matière de santé et de bien-être social du domaine public à la main invisible du marché,  l’austérité participe de la paupérisation généralisée de la population. Ce qui relevait hier de  l’État et qui pouvait encore, à ce titre, être considéré comme un bien dont l’accessibilité  démocratique devait être assurée ne l’est plus et laisse la population dans un état de  dénuement vis-à-vis des forces du marché, ayant pour horizon indépassable la  maximisation de la plus-value extraite du travail collectif. 

Ce dernier point nous amène d’ailleurs à aborder la dimension infrastructurelle de  l’austérité évoquée en début de section et qui permettra de mettre la table pour la suivante.  En effet, les gouvernements, depuis les années 1980 et l’ère dite néolibérale, qui  accompagne la montée d’un discours individualiste à saveur méritocratique, connaissent  un virage austéritaire permanent. Néanmoins, ce dernier est loin d’être un fait idéologique  et constitue plutôt un mécanisme essentiel au dépassement des contradictions internes du  capital.  

Le mode de production capitaliste réduit à sa plus simple expression, repose sur un  impératif d’accumulation et de concentration de la richesse dont la condition de réalisation  est elle-même l’exploitation du travail du prolétariat, soit la classe des dépossédé·es, par  une classe capitaliste détenant les moyens de production. Or, le secteur des services publics,  les régimes de prestations sociales et le réseau communautaire constituent autant de  dispositifs faisant obstacle à la soumission intégrale de l’existence du prolétariat à  l’exploitation capitaliste et à la maximisation de celle-ci. Autrement dit, l’État social, en  assurant une part des besoins de l’individu, prive le capitaliste d’une main-d’œuvre dont il  pourrait autrement bénéficier du travail et intensifier l’exploitation jusqu’à la maintenir au  seuil de la survie, et ce, sans entrave aucune. Cette dernière compréhension du phénomène tend cependant à donner le beau jeu aux mouvements sociaux appelant à la revalorisation  des programmes sociaux en ce qu’elle pose l’État en rempart prémunissant l’individu des  tendances les plus prédatrices du capital. Une pièce de l’énigme demeure malgré tout sans  réponse : si l’État apparaît effectivement ici comme le dernier bastion s’interposant entre  les populations et les logiques rapaces du marché, comment se fait-il que ce même État soit  également l’instigateur de ces réformes austéritaires nous donnant en pâturage aux  capitalistes ? 

Et s’il n’y avait pas d’autres alternatives ? 

Surtout lorsque la revendication anti-austéritaire ne s’inscrit pas dans une critique  structurelle du cadre étatique et capitaliste, elle est largement insuffisante. En se  concentrant principalement sur le refus des coupes budgétaires et sur la défense du  financement public, non seulement les efforts militants, mais surtout les discussions  politiques qui entourent le militantisme, finissent par s’inscrire uniquement dans la  question de la gestion étatique. Comme s’il s’agissait d’exiger un État plus généreux et  plus attentif aux besoins sociaux. En effet, cette posture suppose que le problème réside  dans un mauvais gouvernement, plutôt que d’interroger le rapport fondamental entre État  et capital. 

Une telle posture reconduit l’idée selon laquelle l’émancipation sociale passerait par la  prise ou la réorientation du pouvoir d’État. Sous toutes ces formes, l’État demeure un  appareil hiérarchique, une séparation structurelle entre les personnes qui gouvernent et  celles qui sont gouvernées, qui opèrent à l’intérieur d’une économie capitaliste dont il  organise la stabilité. Loin d’être extérieur au marché, l’État en constitue sa condition  d’existence. En effet, il garantit la propriété privée, fait respecter les contrats, discipline la  force de travail, encadre les conflits sociaux et intervient en période de crise pour préserver  les conditions générales de l’accumulation et parfois la paix sociale. 

Renvoyer ainsi dos à dos État et capital, comme si le premier pouvait constituer un rempart  naturel contre le second, relève donc d’une illusion stratégique. Rien n’est moins évident  que ce couple oppositionnel : historiquement, la forme État s’est avérée un outil  indispensable au développement et à la reproduction du capitalisme.

L’État-providence est évidemment loin de représenter une rupture avec le capitalisme. Il  s’agit plutôt d’une modalité particulière de sa régulation. Les politiques sociales,  l’expansion des services publics et les investissements massifs permettent, dans des  moments précis, de stabiliser la consommation, d’assurer la reproduction de la main d’œuvre et de contenir les tensions sociales susceptibles de menacer l’ordre économique.  Autrement dit, l’intervention étatique contribue en fait à rendre le capitalisme plus viable  et ainsi plus durable. Lorsque les conditions économiques changent, comme lors d’un  ralentissement de la croissance, alors l’État ajuste ses priorités. Les politiques d’austérité  apparaissent non pas comme une trahison accidentelle, mais plutôt comme un mécanisme  qui permet d’assurer un équilibre et de restaurer la rentabilité et la confiance des  investisseurs, un mécanisme inévitable. Ce que les groupes luttant dans une perspective  anti-austéritaire viennent à présenter comme une dérive devrait être compris comme une  fonction systémique inscrite dans la logique même de l’accumulation. 

Dès lors, revendiquer la fin de l’austérité tend à déplacer le conflit vers la défense d’un  mode de gestion plus keynésien du capitalisme, sans rompre avec la logique étatique et  productiviste qui encadre ces politiques. Même lorsqu’elle conteste la marchandisation de  l’éducation ou la dépendance au financement privé, la revendication anti-austéritaire  demeure fréquemment inscrite dans l’horizon d’un État appelé à corriger les excès du  marché, plutôt qu’à remettre en cause les rapports sociaux qui rendent ces « excès »  structurellement récurrents. 

Dans le même sens, cette revendication nourrit le mythe du « bon dirigeant » : si l’austérité  est le problème, il suffirait d’élire ou de convaincre des responsables politiques plus  sensibles aux enjeux sociaux. Or, dans une société capitaliste intégrée aux marchés  mondiaux, les marges de manœuvre de l’État sont étroitement contraintes par les impératifs  de compétitivité, d’attractivité des capitaux et de stabilité financière. Les gouvernements  peuvent moduler le rythme ou l’intensité des compressions, mais ils ne peuvent  durablement s’affranchir des logiques d’accumulation sans entrer en confrontation avec les  fondements mêmes du système. La personnification du problème masque ainsi la  contrainte structurelle qui pèse sur toute administration évoluant à l’intérieur du  capitalisme.

Une critique qui se limite à l’anti-austérité risque ainsi de demeurer réformiste, en  demandant une meilleure gestion du système plutôt qu’en ouvrant un horizon de  transformation des rapports sociaux qui produisent périodiquement l’austérité. Faut-il, dès  lors, d’une manière paradoxale, quoique riche de sens, réhabiliter la fameuse maxime  thatchérienne : et si, au fond, il n’y avait effectivement pas d’alternative à l’austérité à  l’intérieur du capitalisme lui-même ? Si les phases d’expansion et de redistribution  n’étaient que des moments provisoires, toujours susceptibles d’être suivis par des phases  de resserrement et de discipline budgétaire ? Poser cette question ne revient pas à accepter  l’austérité comme inévitable, mais à reconnaître que la combattre réellement exige peut être de dépasser le cadre qui la rend nécessaire. 

Contre l’austérité, vraiment ? Pour une politique de rupture avec l’exploitation 

En somme, l’austérité est intrinsèque à la société capitaliste ; dans tout rapport  d’exploitation, l’austérité n’est jamais loin. Le fonctionnement d’un État capitaliste  néolibéral repose, entre autres, sur des coupures qui nous poussent à nous mettre davantage  au travail, lesquelles rendent ainsi possible l’accumulation du capital. Dans le milieu  communautaire, par exemple, le sous-financement génère une injonction au travail gratuit  pour les employé·es, les bénévoles et les stagiaires2, majoritairement des femmes,  contraint·es d’en faire toujours plus. La question se pose alors : ne voulons-nous pas  dépasser l’horizon de l’austérité pour aller plus loin ? Ne pouvons-nous pas refuser  l’exploitation sous toutes ses formes ? 

Le statut d’étudiant est à ce titre en proie à une double exploitation : la première ayant trait  à la captation de la richesse produite de notre formation et la seconde au travail, auquel  nous sommes contraint·es de nous soumettre afin d’assurer notre simple reproduction. En  effet, pour se reproduire et être exploité·es sur les bancs d’école ou en stage, nous devons  faire face à des loyers exorbitants, à une épicerie qui coûte de plus en plus cher, à des titres  de transport hors de prix, ainsi qu’à des services de santé et des services sociaux  difficilement accessibles. Survivre coûte cher et ce coût repose en grande partie sur nos  épaules. Ce n’est pas un hasard : c’est la logique même du capitalisme. Oui, nous vivons  les effets délétères de l’austérité, mais, en notre sens, c’est avant tout l’exploitation qui  pose problème. Nous ne recevons aucun salaire pour le travail que nous effectuons, alors  même qu’une large part des emplois exige une formation acquise sur ces mêmes bancs3.  Pour se faire exploiter sur le soi-disant « vrai » marché du travail, il faut d’abord accepter  une exploitation à l’école. En ce sens, la revendication du salaire étudiant, visant la  reconnaissance matérielle de la valeur de notre formation — au cœur de la mission portée  par la CASSE — constitue encore à ce jour le levier le plus à même d’engendrer un  mouvement de dépassement de l’horizon capitaliste. À ce titre, être reconnu·es comme  travailleur·euses nous donnerait le droit de refuser l’exploitation étudiante. 

Cette lutte contre l’austérité est peut-être le reflet d’un certain désespoir, d’une difficulté à  trouver par quel bout prendre la lutte et on le comprend ! Mais nous croyons qu’il nous faut  constituer un discours contestataire davantage offensif, à même d’ouvrir nos imaginaires  politiques et de penser en (la) rupture du capitalisme. Lutter dans le capitalisme sans en  remettre en question les fondements, c’est risquer de se cantonner à une posture réformiste,  voire conservatrice, où l’objectif devient d’atténuer les effets du système sans transformer  les structures qui les produisent. Et si cette lutte contre l’austérité avait gain de cause, il  serait illusoire d’y voir une victoire. Une prudence critique s’impose : le capital, par nature,  cherchera toujours, des manières les plus pernicieuses qui soient, à extraire de la plus-value  et de faire plus avec moins. 

L’histoire témoigne du caractère cyclique et inévitable des offensives austéritaires,  auxquelles les classes exploitées ne peuvent pas toujours opposer une résistance  victorieuse. De plus, l’épuisement collectif provoqué par ces attaques répétées sur nos  conditions d’existence alimente un terreau fertile pour les idéologies réactionnaires. En  l’absence d’un projet politique positif, clairement orienté vers une rupture avec l’ordre des  choses actuel, le mécontentement populaire peut aisément être capté par les forces de la  contre-révolution. D’où l’urgence, dès maintenant, de construire un projet politique positif,  en rupture avec l’ordre existant. Sans cela, les luttes ritualisées contre l’austérité, aussi nécessaires soit-elles, ne suffiront pas. Sans horizon transformateur, nos résistances deviennent des défenses ponctuelles et non les pierres d’un autre monde.

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